DENI DE LA GRÂCE PRÉSIDENTIELLE POUR LEONARD PELTIER : "JOUR DE LA HONTE"

  Communiqué du Comité de Défense de Leonard Peltier (LPDC)
 Lawrence (Kansas), samedi 20 janvier 2001,
 
Nous avons été à la fois choqués et attristés par la décision du Président Clinton de refuser la grâce présidentielle à Leonard Peltier. Au cours de ces quelques derniers jours, le soutien pour la libération immédiate et inconditionnelle de M. Peltier a atteint un degré considérable au plan international, notamment avec des appels et des lettres venant de représentants emblématiques de défense des droits humains et de leaders religieux tels que Coretta Scott King (Southern Christian Leadership Conference), Amnesty International, les Prix Nobel de la Paix Rigoberta Menchu Tum et l'Archevêque Desmond Tutu parmi beaucoup d'autres. Le soutien populaire à l'échelon national s'est manifesté par la submersion pendant plusieurs mois des lignes du téléphone et du fax de la Maison Blanche. Des nations et des organisations amérindiennes ont de nouveau exprimé leur soutien par des messages très forts. Des milliers de citoyens concernés ont marché et prié dans les rues de New York le jour célébrant les droits humains [10 décembre]. Et pourtant, rien de tout ceci aura suffi.
 
 Pourquoi ? Il appartient à William Clinton d'apporter la réponse. La peine légère à laquelle il vient d'être condamné pour son parjure dans l'affaire Monica Lewinsky soulève des questions troublantes. Nous demandons une
explication. Durant ces dernières semaines, le président Clinton a appelé à la réconciliation et à l'unité nationales dans ce pays. Il a lancé un appel pour "Une Amérique" et a souligné l'importance de l'inégalité et de la discrimination raciales si manifestes dans notre système judiciaire en matière criminelle. Il a appelé sans relâche au respect et à l'égalité entre les races. Il s'est appesanti sur la nécessité de redresser les injustices de l'histoire et de panser les blessures encore à vif qui ont été infligées aux personnes de couleur. Il a insisté que les Etats-Unis doivent être le leader mondial dans les affaires touchant aux droits humains. Il s'est rendu en personne sur la réserve de Pine Ridge, théatre de la fusillade tragique survenue à Oglala il y a un long et amer quart de siècle, et a appelé à un plus grand respect et une meilleure justice pour nos premiers citoyens. Et pourtant au moment de la dernière et plus critique des épreuves, le président Clinton a trahi ses propres objectifs et idéaux. Nous devons à nouveau demander pourquoi? Leonard Peltier est emprisonné depuis 25 ans sans avoir eu droit à un nouveau procès. Le FBI a forcé Myrtle Poor Bear à signer une fausse déposition, puis s'est rendu coupable de fraude auprès du gouvernement canadien en soumettant sa déclaration devant une cour de justice canadienne. Trois adolescents ont été terrorisés et pressés par des moyens coercitifs de livrer des faux témoignages devant un "grand jury" et lors de son procès. Une expertise balistique confirmant son innocence a été dissimulée à ses avocats et l'expert du FBI a présenté une déposition tronquée devant les jurés. Les responsables de ces actes illégaux n'ont jamais eu à en subir les conséquences. Aujourd'hui même les procureurs des Etats Unis admettent que personne ne sait qui a tiré les balles qui furent fatales. Cependant, Leonard Peltier s'est vu refusé une révision de son procès en raison d'un vice de procédure, et le juge a admis [plus tard] qu'il subsistait un doute sérieux sur la théorie de l'accusation. Ce même juge soutient maintenant le recours en grâce. Pendant ce temps, M. Peltier remplit depuis longtemps les conditions requises à une libération sur parole et reçoit des prix le récompensant de son travail remarquable de défense des droits humains qu'il poursuit jusque derrière les barreaux. Sa condition de santé continue de se détériorer. Ce qui demeure le plus dérangeant est le fait que la condamnation fort controversée de Leonard soit profondément enracinée dans un des chapitres les plus accablants de l'histoire récente des droits civils américains, à savoir le Règne de Terreur sur Pine Ridge. Entre 1973 et 1976, le FBI a apporté son appui à une milice dans ses actes de terrorisme, de violence et d'assaut dirigés contre des traditionalistes lakota et des supporters de
l'AIM sur l'ensemble de la réserve. Des maisons ont été incendiées et des familles entières ont été blessées par balle lors de fusillades perpétrées par des escadrons motorisés. Alors que le FBI était présent sur la réserve, quelques 64 membres et sympathisants de l'AIM ont été assassinés, leur meurtre n'ayant jamais fait l'objet d'investigations et de mises en accusation sérieuses. Des organisations de défense des droits civils n'ont eu de cesse de dénoncer vigoureusement les abus commis par le FBI. Il est indéniable d'affirmer que l'histoire des relations de notre gouvernement avec les premiers habitants de ce pays a été tragique et à maintes reprises scandaleuse. Il est difficile d'imaginer un exemple plus au cœur d'une réconciliation et d'une guérison nationales que celui du cas de Leonard Peltier. Cependant, une porte qui aurait du s'ouvrir a été claquée et verrouillée. Notre société paiera pour cet acte. Aujourd'hui restera inscrit dans nos mémoires avec tous les autres jours où le gouvernement américain s'est illustré par le déshonneur et la trahison des peuples amérindiens.